Mot de la directrice artistique

Il y a deux ans, je débutais mon mot avec : La contorsion n’est pas un don ! La contorsion est un mouvement technique de la colonne vertébrale qui est appris et maîtrisé. Je suis toujours d’accord que la contorsion n’est pas un don, mais je n’affirmerai plus que la contorsion est un mouvement de la colonne vertébrale appris et maîtrisé. Elle n’est plus pour moi un faire, un savoir, ou une maîtrise, bien au contraire ! Elle devient tranquillement un lâcher-prise, un abandon et une confiance singulière que nous bâtissons avec notre corps.

Ces dernières années, grâce aux multiples rencontres lors des ateliers, des voyages, des créations et de leurs processus, la contorsion est devenue pour moi certes une amplitude du corps, mais une amplitude permise grâce à une amplitude de la perception que nous avons du corps. La discipline se définit dans la façon dont nous avons voulu (par choix ou malgré nous) formater notre cerveau et, conséquemment, notre corps pour évoluer dans la société et répondre aux besoins attendus de notre entourage socio-historico-politique. Le corps, régi par sa structure inhérente, s’est construit par des idéologies, des conditionnements, des mythes, des traumatismes. Lorsque j’observe mon apprentissage de la contorsion, comme elle n’était pas un don ou une malformation, je me rends compte qu’elle consistait principalement à la reprogrammation du cerveau face aux signaux de survie que mon cerveau m’envoyait. Il s’agissait de taire le conditionnement jusqu’alors intégré et de redonner confiance à mon corps : le laisser s’ouvrir dans ses extrêmes comme lieu de renouvellement à la place d’une exigence d’ouverture pour un aboutissement. Dans cette écoute particulière et en constant dialogue où mon corps devient un réel partenaire, je me rends compte que ce que l’on conçoit comme des extrêmes est finalement une possibilité de mouvements illimités. Extrêmes, limites et délimitations n’existent donc pas. Ces concepts humainement créés établissent un cadre pour qu’un mouvement évolue constamment entre macro et micro. Désormais, je parle d’agencements corporels (relation fréquentielle) plutôt que de composition (image ou figure définie). Je crois toujours que le sens de ces corps se complexifie à travers leurs mouvements et leur devenir en lien avec l’espace et les éléments de la représentation et que les interprétations qui s’offrent à nous sont infinies.

La contorsion comme philosophie me permet d’aborder l’espace du corps, de la boîte noire et de la représentation (rencontre avec le spectateur) en me questionnant fondamentalement sur ma relation à ceux-ci pour ouvrir sur une amplitude de possibilités à la fois immenses et intimes d’interprétations. Alors que ce questionnement anime intimement ma prochaine création, je m’aperçois que cette prise de conscience informe et transforme profondément ma pratique vers une recherche plutôt transdisciplinaire. C’est l’humain comme faisant partie de la nature qui est au cœur du processus, et non plus la discipline.

Je crée des pièces pour que celles-ci soient vécues et pour qu’elles s’imprègnent dans l’imaginaire individué et collectif autant auprès de l’équipe créative que du public. Les multiples interprétations sont pour moi d’une richesse incommensurable et stimulent la multiplicité des points de vue, des voix, et des idées. Le dissensus est un terreau fertile beaucoup plus important que le consensus, car le dialogue ouvre sans jamais fermer et reste dynamique tant et aussi longtemps que le respect et l’écoute sont au cœur de toutes rencontres.

Je ne crois pas que nous ayons une identité fixe, car nous devenons à travers et en relation avec autrui. La rencontre, intergénérationnelle, interculturelle, intercommunautaire, interdisciplinaire, peut être conçue comme intragénérationnelle, intraculturelle, intracommunautaire et intradisciplinaire, car nous sommes finalement constitués de tous ces « autres » sans lesquels nous n’existons pas.

À l’opposé de la vague simpliste et populiste mondiale, de consommation et de divertissement, la complexité des discours nuancés qui mènent à la réflexion critique est primordiale pour moi. Complexité et nuances ne signifient absolument pas élitistes, mais ouvrent avec discernement à une réelle inclusion qui donnent une voix à tous, sans réduire une idée de façon générique pour finalement aplatir toutes les beautés de ce monde.

Andréane Leclerc, metteure en scène & chorégraphe
Montréal, février 2019

Mission

Intéressé par l’interdisciplinarité et le décloisonnement des disciplines, Nadère arts vivants crée des œuvres circassiennes novatrices et singulières qui visent à questionner les formes et les genres.

Nadère contribue à l’avancement et au rayonnement des arts vivants aussi bien à Montréal que sur les scènes internationales, en mettant au cœur de sa démarche la recherche fondamentale et en provoquant des collaborations artistiques inusitées.

Sous la vision artistique d’Andréane Leclerc, Nadère souhaite devenir une plateforme d’essai et d’expérimentation indépendante qui s’inscrit dans une démarche non conformiste, expérimentale et ouverte sur d’autres pratiques artistiques.

*Nadère arts vivants est un organisme à but non lucratif de Montréal.

Nadère arts vivants

En 2013, en réponse à une demande de tournée internationale pour la pièce Cherepaka, Andréane Leclerc, Geoffroy Faribault et Miriam Ginestier créent Nadère arts vivants.

Au travers de rencontres entre artistes et de collaborations insolites, Nadère arts vivants place le questionnement et la recherche au cœur de sa mission. Les œuvres créées par Andréane Leclerc sont d’abord présentées au Chicago Contemporary Circus Festival, puis aux Autopistes, et s’intègrent tranquillement à la scène interdisciplinaire contemporaine : Festival Sismogràf à Olot, Sala Hiroshima à Barcelone, Grand Cru Festival à Montréal, Palak Acropolis à Prague, Les Plateaux à Paris, Can Monroig à Mallorca. Avec une musique originale du groupe anglais The Tiger Lillies, La Putain de Babylon (2015) est coproduite par le Republique Theater à Copenhague et jouée au Skirball Center à New York en marge de l’APAP (2016). Une œuvre co-chorégraphiée avec l’artiste Dany Desjardins a mené à la présentation de la pièce Sang Bleu à La Chapelle à Montréal en février 2018.

Nadère arts vivants entame aujourd’hui un processus vers une grande pièce inspirée par la contorsion non pas comme une forme ou un savoir, mais plutôt comme une philosophie. Dans ce projet, Nadère arts vivants collabore entre autres avec CEPRODAC au Mexique.

Nadère arts vivants est soutenue par des résidences chorégraphiques à Montréal (Théâtre LaChapelle, Studio 303, Maison de la Culture NDG) et à l’étranger (La Métive en Creuse, Centro de las Artes de San Luis Potosi, Centro Artiificio Opificio Siri in Terni) et offre aux artistes physiques des ateliers de contorsion – toutes disciplines combinées, et des ateliers acrobatiques de dialogue aux artistes du cirque.

Andréane Leclerc

Chorégraphe-metteure en scène et performeure, Andréane s’intéresse aux rencontres humaines qui l’amènent dans des processus, outre disciplinaires, interartistiques. Dans une démarche qui déconstruit le spectaculaire, elle cherche un corps matière dépourvu de forme qui évolue dans la sensation plutôt que dans le sensationnalisme. Elle s’inspire aujourd’hui de ses 20 ans de pratique en cirque pour réfléchir la contorsion en tant que philosophie et non comme un savoir-faire. Politique par sa non-conformité et son indépendance, Andréane aime questionner et renverser les concepts et les idées préconçus qui forment notre réalité, de sorte déconstruire les relations de pouvoir binaires et voir une tentative d’humanité se révéler.

En 2013, elle obtient une maîtrise au département de théâtre de l’UQAM traitant de la dramaturgie du corps contorsionniste. Cette même année, elle fonde avec son partenaire Geoffroy Faribault la compagnie Nadère arts vivants, afin de poursuivre sa pratique de recherche sur le corps en créant des œuvres scéniques conceptuelles (Di(x)parue; InSuccube; Bath House; Cherepaka; Mange-Moi; La Putain de Babylone ; Sang Bleu).

Andréane est régulièrement accueillie en résidence de création à Montréal (Studio 303, Théâtre La Chapelle, Maison de la culture Notre-Dame-de-Grâce, Espace Marie Chouinard, Centre de création O Vertigo) et à l’international (Mains d’œuvres à Paris, La Métive en Creuse, La Grainerie de Toulouse, CAOS à Terni, Centro de Las Artes de San Luis Potosi au Mexique, New Dance Alliance à New York City).

Parallèlement, elle développe une pratique pédagogique (Studio 303 à Montréal, La Gata Circo à Bogota, CEPRODAC à Mexico City, La Grainerie à Toulouse), est chorégraphe invitée pour Anamdam Dance Theater à Toronto, agit comme dramaturge (Dialogue of Disobedience de et avec Dana Dugan, 2018), met sur pied Cirque OFF, un manifeste vivant pour la biodiversité des arts du cirque à Montréal (Studio 303, 2017), et elle est interprète pour divers projets internationaux (Variations pour une déchéance annoncée d’Angela Konrad, The Tiger Lillies Perform Hamlet du Théâtre République, Cléopâtre de Gérard Reyes).

À ce jour, elle entame un projet de recherche autour de la limite et des délimitations.

Conseil d’administration

Présidente — Andréane Leclerc, directrice artistique, performeure et codirectrice générale, Nadère arts vivants

Vice Présidente — Miriam Ginestier, directrice artistique et codirectrice générale, Studio 303

Secrétaire — Geoffroy Faribault, représentant international et codirecteur général, Nadère arts vivants

Trésorière — Constance de Grosbois, directrice, M&A, BMO Capital Markets

Administratrice — Marie-Ève Poirier, CPA, CA, CFE, PSL Group

Administratrice — Sarah De Rose, avocate, Fasken Martineau